Texte repris du blogue de Michel Gurfinkiel.
La commission de lUne
Ne sourions pas de la requête polonaise. Les mots, les noms propres, les appellations, ont leur importance. Ils pèsent parfois aussi lourd que les faits. Ils les oblitèrent parfois de manière irréversible. Cest vrai des sites historiques, mais aussi des Etats eux-mêmes. En 1992, la République fédérative socialiste de Yougoslavie éclate : quatre de ses six Républiques fédérées se séparent dune Yougoslavie résiduelle composée de la Serbie et du Monténégro. Le plus méridional de ces quatre nouveaux Etats indépendants se nomme « Macédoine ». Il prend pour emblème une étoile à six pointes, un symbole découvert quelques années plus tôt sur le tombeau du roi antique Philippe de Macédoine, père dAlexandre le Grand. La Grèce proteste immédiatement : lexistence dun Etat souverain de Macédoine constitue, à ses yeux, une revendication et donc une menace à légard de sa propre province de Macédoine, située au nord-ouest de la mer Egée ; tout comme lappropriation de létoile de Philippe, qui fait partie, selon elle, de son propre patrimoine culturel. Hypernationalisme, paranoia, exigences exagérées ? Voire. Les instances internationales - Conférence pour la paix et la sécurité en Europe, Union européenne, Nations Unies - ont fini par imposer à la Macédoine, dans lintérêt de la paix, de porter officiellement le nom de « République anciennement yougoslave de Macédoine » (en anglais The Former Yougoslav Republic of Macedonia : ce qui a donné lacronyme Fyrom), et de prendre pour emblème une version stylisée, donc méconnaissable, de létoile à six pointes.
Ces précédents autoriseraient une autre démarche : rapatrier rendre à Israël - le terme de « Palestine », « pays des Philistins ». Ce dernier a été forgé par les Romains du IIe siècle de lère chrétienne, au lendemain de la révolte de Bar Kokhva, afin de remplacer celui de Judée, donc de « pays des Juifs ». Mais, paradoxalement, il a fini par revêtir dans lhistoriographie et la littérature européenne le sens quil devait effacer : la « Palestine » est devenue léquivalent de la « Terre sainte », Terra Sancta, donc du « Pays dIsraël » biblique, Eretz-Israël. En revanche, les conquérants musulmans, arabes puis turcs, ne lont pratiquement jamais employé : ils ont préféré parler dAl-Urdun (« le pays du Jourdain », cest-à-dire la Jordanie), puis dAl-Sham (« Nord, Syrie », un terme englobant lensemble du Levant).
Il allait donc de soi, pour les premiers sionistes, notamment Theodor Herzl, de reprendre lappellation de Palestine à leur compte ; un choix entériné par les conquérants britanniques, dès 1917, et confirmé par la Société des Nations (SDN), cinq ans plus tard, en 1922, quand elle créa le Foyer national juif. Jusquen 1948, le nom officiel du nouveau territoire était Palestine/Eretz-Israel. Ce qui est aujourdhui la Bank Leumi Le-Israel sappelait la Palestine Bank, le Jerusalem Post sintitulait Palestine Post, et le drapeau de la Palestine, à la page « Pavillons » du Petit Larousse Illustré, était blanc et bleu avec une étoile de David dorée.
En accédant à lindépendance, lEtat juif de Palestine prit le nom dEtat dIsraël. Tombé en déshérence, le terme de Palestine fut peu à peu récupéré par les nationalistes arabes. Au début, les Israéliens étaient fort vigilants à ce sujet : David Ben-Gourion, Golda Méir, Menahem Begin et Yitzhak Shamir ne parlaient jamais des « Palestiniens » mais des « Arabes palestiniens », ou « Arabes dEretz-Israel ». Cest seulement à partir des accords dOslo, en 1993, que les gouvernements israéliens ont accepté la phraséologie de lennemi. Sans en mesurer les conséquences : permettre aux Arabes de la région de se déclarer « Palestiniens », cétait leur accorder une légitimité historique qui, rapidement, devait se superposer, ou se substituer à celle du peuple juif.
Est-il trop tard pour inverser la tendance ? Il nest jamais trop tard en politique. LAutorité palestinienne créée à Oslo a implosé, Gaza a fait sécession. Même si un Etat arabe indépendant finissait par se constituer dans les Territoires dits palestiniens, les précédents de la Macédoine et dAu
Reste à savoir, évidemment, si les dirigeants et les diplomates israéliens daujourdhui sont capables den revenir au bon sens des pères fondateurs, ou sils sont prisonniers à jamais des errements des années 1990.
© Michel Gurfinkiel
Mis en ligne le 20 juillet 2007, par M.











