Sur le site Causeur.fr, d'Elisabeth Lévy et Gil Mihaely
Lété 2008 aura été propice à lémergence dune nouvelle espèce de victime autoproclamée : le journaliste viré pour avoir poussé le bouchon un peu plus loin que la ligne rouge, dans son zèle à dénoncer les turpitudes du complot américano-sioniste, et de ses auxiliaires sarkozystes. Alors que les clameurs des amis de Siné sétouffent peu à peu dans la torpeur daoût, le vacarme des islamo-gauchistes hexagonaux, notamment relayé par As-Safir, quotidien proche du Hezbollah, et par le très officiel Damas Post, reprend de plus belle, à propos du licenciement, le 11 août dernier, de Richard Labévière [*], journaliste à RFI.
La nouvelle direction de la holding France Monde, qui exerce depuis peu sa tutelle sur Radio France Internationale, est accusée de chasse aux sorcières, et même de « nettoyage ethnique » (!) pour avoir expulsé de ses rangs, sans ménagements, un « spécialiste reconnu des questions du Proche-Orient ».
En fait, loccasion de se débarrasser de ce personnage a été fournie sur un plateau à Antoine Schwarz, PDG de RFI, qui a reçu pour ce licenciement laval dAlain de Pouzilhac et de Christine Ockrent, patrons de France Monde.
Le 8 juillet 2008, Richard Labévière, qui produit chaque semaine lémission "Géopolitiques", annonce à sa rédaction en chef quil vient dobtenir une interview exclusive du président syrien, Bachar el Assad, lequel doit participer, quelques jours plus tard, au sommet de lUnion pour la Méditerranée à Paris. Joli coup ! Voilà, pensera-t-on, un journaliste qui na pas les deux pieds dans le même sabot et qui se démène pour ramener du gros à ses employeurs
Sauf quen loccurrence, cest le dictateur syrien qui a fait son marché et exigé que seul Labévière recueille ses présidentielles paroles pour RFI et TV5 Monde, la chaîne de télévision francophone internationale. La rédaction en chef de RFI ne lentend pas de cette oreille et refuse à Labévière de lui adjoindre un technicien maison pour lenregistrement : si entretien avec Assad il doit y avoir, ce nest pas à lui de choisir son interlocuteur. Labévière passe outre, et senvole pour Damas où il est reçu comme un prince. Lentretien sera diffusé le 11 juillet sur TV5 Monde, et le lendemain dans "Géopolitiques", sur RFI. Linsubordination, flagrante, aboutira, le 11 août, au licenciement immédiat du journaliste pour faute grave.
Pour Labévière et ses amis, il sagit dun licenciement politique révélateur de la ligne atlantiste, néo-conservatrice, imprimée à laudiovisuel extérieur français depuis larrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy :
« Cette histoire estivale sinscrit dans lorwellisation en cours de la presse française, la remise en cause du pluralisme journalistique et de la liberté dexpression au pays des Lumières. Avec, pour horizon, la volonté dimposer une lecture unique, néo-conservatrice, de la politique, des crises et des relations internationales »,
écrit-il pour peaufiner, non sans grandiloquence, son image de martyr [2].
Cette interprétation nest pas celle de la Société des journalistes de RFI, pourtant peu encline à soutenir sa direction. En juillet, celle-ci sétait étonnée « des conditions dobtention et de réalisation de lentretien avec Bachar el Assad ». Ceux qui écoutent régulièrement cette radio auront du mal à croire que sa rédaction soit un ensemble de marionnettes manipulées par des agents sionistes !
Si lexpulsion de Labévière de RFI est "politique" ce qui reste à démontrer elle ne lest pas moins, en tout cas, que son entrée, par la grande porte, dans cette maison, en 2000.
Pendant de longues années, en effet, Richard Labévière a officié comme journaliste dans les couloirs des Nations Unies, à Genève. Ceux qui lont croisé, dans les années 1980 et 1990, subodoraient quil ne limitait pas ses activités à écrire des papiers pour le quotidien La Suisse, ou la Radio Suisse Romande, ses employeurs habituels. Il fréquentait assidûment le monde et le demi-monde des délégations arabes présentes à Genève, ce qui aboutira à un livre paru en 1999 chez Grasset, sous le titre Les Dollars de la terreur. Labévière y défend la thèse dun financement du terrorisme islamique par des circuits bien connus des services américains.
Cest à cette époque le début des années 1990 que se constitue, à Genève, un groupe de diplomates français qui ont pour caractéristique dêtre "de gauche", cest-à-dire très liés à Roland Dumas, pour avoir été membres de son cabinet au Quai dOrsay. Le chef de file de cette Geneva connection est Daniel Bernard, aujourdhui décédé, ambassadeur auprès des Nations Unies dans la cité de Calvin, et célèbre pour avoir publiquement traité Israël de « petit pays de merde », alors quil était ambassadeur à Londres. Dans son sillage, on trouve Anne Gazeau-Secret, consul général à Genève, et dautres diplomates de moindre importance. Ils constituent la fraction de gauche de cette "rue arabe du Quai", ainsi que ses détracteurs et amateurs de contrepèteries désignent le couloir du ministère où sévissent les spécialistes des questions du Proche-Orient, en grande majorité acquis aux thèses arabes sur les conflits locaux. Rapidement, Richard Labévière sagrège à ce petit groupe, au point de devenir le compagnon attitré de Mme Gazeau-Secret ce qui va 'booster' sa carrière.
Larrivée au pouvoir, en 1997, de Jospin et des socialistes provoque une aspiration des Genevois vers Paris : Anne Gazeau-Secret devient porte-parole du ministre Védrine et Richard Labévière se voit offrir un poste de rédacteur en chef à RFI, radio sur laquelle le Quai dOrsay exerce sa tutelle
A peine nommé, Labévière se déchaîne : son antisionisme rabique et son américanophobie obsessionnelle se donnent libre cours, sans frein ni limites. La "voix de la France" se mue, sous son impulsion, et celle du directeur de linformation, Alain Ménargues, en une version parlée du Monde diplomatique, en plus fruste. Il est prié, en 2003, de quitter la direction du service international, mais il conserve un éditorial quotidien : même les chiraquiens, revenus au pouvoir, trouvent quil y va un peu fort.
En décembre 2004, Labévière manifeste sa solidarité avec Alain Ménargues, licencié par RFI à la suite de propos douteux tenus sur Radio Courtoisie, dans le cadre de la promotion de son livre, Le mur de Sharon. En 2005, nouvelle sanction : son édito est supprimé et il ne conserve plus quune émission hebdomadaire de 40 minutes dentretiens sur des questions géopolitiques. Il clamera urbi et orbi que son éviction est due aux pressions de Nissim Zvili, ambassadeur dIsraël à Paris.
Le dernier acte de cette saga diplomatico-médiatique vient de sachever.
Un martyr est né.
Luc Rosenzweig
© Causeur.fr
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Notes dupjf.org
[1] Jai déjà épinglé (moins quil leût mérité dailleurs) cet antisioniste impénitent. Voir, entre autres : "Nouveaux extraits (délétères) du bréviaire de Labévière" (30/06/05) ; "Labévière sévit toujours contre Israël sur RFI" (23 juin 2005) ; S. Martin, "Labévière a eu faux sur toute la ligne, mais récidive" (12/02/05).
[2] Voir la vidéo dans laquelle Labévière pose en victime.
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Mis en ligne le 24 août 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











