02/07/09
The Jerusalem Post, 30 mai
Texte anglais original : "Taking back the narrative".
Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org
Note aux responsables de sites et blogs: Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-16717-145-7-reprise-narratif-gerald-steinberg.html
Si la Knesset adopte la proposition de loi interdisant les commémorations de la "Nakba" (catastrophe) palestinienne, le jour de la célébration [de la fête israélienne] de lIndépendance, il est probable que la Haute Cour la rejettera comme constituant une violation de la liberté dexpression. Mais lintention de cette initiative est beaucoup plus importante que ce mécanisme spécifique beaucoup de Juifs israéliens réalisent maintenant que la guerre par le narratif [1] menace leur survie nationale. Pour y répondre, une contre-attaque de grande envergure est nécessaire afin de reprendre possession de notre histoire et de nos droits à une souveraineté égale à celle des nations.
La guerre par le narratif est aussi ancienne que les attaques des armées arabes et les actes de terrorisme. Suite à léchec de linvasion de 1948, qui avait pour but de détruire lEtat juif naissant, les dirigeants arabes se lancèrent dans une tentative massive de réécrire les événements. Le processus se renouvela en 1967, quand les initiatives du président égyptien Gamal Abdel Nasser pour effacer Israël de la carte furent transformées en une "guerre de loccupation". En ressassant les mythes et les slogans un nombre suffisant de fois, et à laide de la richesse pétrolière, de lintimidation et du terrorisme, cette stratégie a progressivement réussi.
La guerre par le narratif, qui a conquis lEurope et est en train datteindre lAmérique du Nord, commence par la falsification de lhistoire couvrant la période du Mandat, depuis la Déclaration Balfour jusquau Plan de partition de 1947. Cette version dépeint Israël comme un "projet de colonisation" juive, imposé aux Arabes par lantisémitisme européen et la culpabilité de lHolocauste, ainsi que par la puissance et la manipulation juive (comme elles se reflètent dans les Protocoles des Sages de Sion). Le violent rejet arabe de la proposition de "deux Etats pour deux peuples", et le refus continuel daccepter un Etat juif, quelles quen soient les frontières, disparaît de ces histoires.
Dans ce narratif, les Palestiniens sont toujours, par définition, dinnocentes victimes, et Israël est décrit comme un agresseur puissant et manipulateur. Les réfugiés des guerres déclenchées par les Arabes sont devenus lobjet dune sympathie internationale, garantie par un système de soutien international avec dénormes budgets qui renforcent le récit. Lagence de Secours et de Travaux des Nations Unies [en anglais, UNRWA], qui "commémore ses 60 années" dexistence, garantit la perpétuation de la haine.
Par contre, le nombre - presque égal [à celui des réfugiés palestiniens] - des réfugiés juifs qui ont fui les attaques arabes, a disparu des livres dhistoire : les réfugiés juifs ne cadrent pas avec le narratif [palestinien].
CETTE DICHOTOMIE STUPIDE victimes palestiniennes / agresseurs juifs réussit bien auprès des universitaires, intellectuels, journalistes, diplomates, militants des ONG de droits de lhomme, et dirigeants politiques occidentaux (particulièrement, mais pas exclusivement, européens), surtout ceux des franges extrêmes du spectre libéral. Et des gouvernements européens, et également les mécanismes soigneusement cachés de la Commission Européenne, financent les guerres de narratifs par le canal dONG anti-israéliennes qui reçoivent de largent sous la mention trompeuse de "droits de lhomme" et "partenariats de paix". Sur la base de ces clichés, à chaque fois quIsraël répond à des attaques, un flot de condamnations suit, incluant de fausses accusations de "crimes de guerre" ; "punition collective" et "crise humanitaire".
A Jérusalem, la guerre par le narratif a adopté la version arabe, qui élimine 3 000 ans dhistoire juive, ainsi que loccupation et les profanations systématiques de la période 1948-1967. LUnion Européenne donne de grosses sommes à des organisations comme Ir Amim et BTselem, qui élaborent leurs rapports tendancieux, lesquels sont reproduits et publiés par la Commission Européenne pour encourager la diabolisation dIsraël. Cest léquivalent politique du système de Ponzi [2] de largent est versé pour produire des rapports qui justifient le versement de plus dargent, sans contrôles externes ni reddition de comptes.
La guerre par le narratif est responsable des campagnes de boycott à lencontre des universités israéliennes, dune campagne immorale dAmnesty International pour empêcher Israël dobtenir des armes nécessaires à sa défense, et des cas de "guerre juridique" [3] qui profitent des systèmes judiciaires dEspagne, de Grande-Bretagne et dailleurs, pour renforcer les images de la victimisation palestinienne et des crimes de guerre israéliens.
DES DIRIGEANTS ARABES ISRAELIENS (ou Israéliens-Palestiniens, comme beaucoup préfèrent quon les appelle) jouent un rôle essentiel dans les guerres par le narratif dont le but est de détruire la légitimité de la souveraineté nationale juive. Sur ce front, les armes principales sont la rhétorique des droits civiques et les images dAfro-Américains, ainsi que de Sud-Africains noirs qui ont été victimes des cruautés de la ségrégation. Mais les analogies avec ces situations sont totalement rétrogrades ; en réalité, ce sont les Palestiniens qui nient et sefforcent de détruire lautodétermination juive. Les ONG financées par lEurope, de même que les donateurs, bien intentionnés mais médiocrement informés, du New Israel Fund, sont particulièrement actifs sur ce front de la diabolisation dIsraël.
Après des années dignorance ou de minimisation de limpact des attaques de la guerre par le narratif, la majorité juive a finalement reconnu ses dangers. Alors que les Israéliens sont également conscients des erreurs commises par notre camp, la diabolisation a aussi réduit la volonté de sympathiser avec les victimes arabes.
Le projet de loi "Naqba" est lun des aspects de la contre-attaque, et il sera probablement suivi dune législation complémentaire, ainsi que de confrontations avec les bailleurs de fonds du gouvernement européen et les fonctionnaires de lUnion Européenne, et dautres qui mènent lassaut. Ce sera un long combat, et il nécessitera une stratégie soigneusement élaborée et réaliste. Comme les batailles gagnées contre les armées arabes et les terroristes palestiniens, la victoire dans la guerre par le narratif est aussi importante pour que subsiste légalité dune souveraineté juive.
Gerald M. Steinberg
© The Jerusalem Post
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Notes du traducteur
[1] Lexpression "narrative war" semble propre à lauteur ; voir Gerald M. Steinberg, "Le financement européen de la guerre par le narratif". Pour ce qui est du calque "narratif", je mautorise à lutiliser, sur la foi de cet extrait de la note érudite que lui a consacrée le Dr Raphaël Lellouche : « Lexpression anglaise "The narrative" est très couramment utilisée, aux Etats-Unis, par les commentateurs de presse, ou les historiens, les intellectuels en général, dans le sens d'identité narrative, surtout dans les cas, comme ça l'est par excellence au Proche-Orient, où il y a
"conflit des interprétations", non plus sur un texte, mais sur le "texte de l'histoire"' qui met en jeu des "identités" historiques (peuples, Etats) [
] On dit, par exemple, "le narratif sioniste", ou "le narratif arabe". Certes, cela rend peu hommage au génie de la langue française, mais c'est l'usage désormais courant, et c'est le plus juste conceptuellement. »
[2] Sur cette technique descroquerie, voir larticle de Wikipedia, intitulé Chaîne de Ponzi. Laffaire Madoff en est lexpression la plus récente et la plus énorme, en termes de capitaux accaparés, puis évaporés.
[3] Ou "lawfare" ; voir, entre autres, Eyal Weizman, "Offensive par le Droit à Gaza".
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Mis en ligne le 2 juillet 2009, par











