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Les intervenants de tous bords avancent les arguments recevables du religieux et du laïc, du républicain, du communautaire, du féminisme avec létrange malaise de leur fragilité. Parce quil manque une valeur universelle référente : léthique. Pour une fois, il ne sagit pas de se demander quelle est la bonne question, mais comment se la poser. Il y a dabord eu les bonnes intentions, la tolérance qui vire en aveuglement. Il ny aurait pas eu de débat, ni de questionnement, ni de sursaut sur le port de la burqa si lon navait pas admis comme toujours naturel et volontaire le port du voile islamique. Il n'y aurait pas eu de débat si lon navait pas laissé proliférer une idéologie de misère et de machisme ordinaire, culpabilisant les jeunes filles et les empêchant dassumer leur féminité, leur intégrité et leur liberté. Nous, Occidentaux, Européens, Français, nous avons tranquillement laissé la dictature iranienne de Khomeyni obliger toutes les femmes à se voiler, sans protester énergiquement. En 1979, déjà, nous navons pas porté assistance à personnes féminines en danger. Et la suite a été édifiante : dautres dictatures islamistes ont pu trouver une légitimité et la plus terrible pour les femmes celle des talibans en Afghanistan - les a si souvent conduites au suicide, qui restait leur seule issue face à linsupportable. On sest situé ensuite sur le plan religieux, mais en se heurtant à deux types décueils. En 2002, la loi française qui visait le port du voile dans les écoles, les collèges et les lycées est devenue une loi sur « tous » les signes « ostentatoires » religieux. Cest-à-dire que ce qui devait aider des jeunes filles en devenir a abouti à supprimer des sapins de Noël signe avant tout culturel en France, signe aussi de notre identité, et signe surtout de notre héritage romain
mais, qui le sait ? - ou à pousser tristement le ridicule à faire retirer des bijoux en forme de croix celtiques à des adolescentes qui nétaient peut-être même pas baptisées ! La laïcité est un bel outil, encore faut-il en tenir le manche par le bon bout. Par ailleurs, doit-on tolérer nimporte quelle pratique au prétexte quil sagit de religion ? Dans lAntiquité, les initiés au culte de Cybèle devaient sacrifier leur virilité à la déesse mère
si cette pratique revenait au goût du jour, faudrait-il accepter ces mutilations par respect de la religion ? Le politiquement correct a servi de rempart pour éviter daffronter les véritables problèmes. Le débat sur la burqa est bien utile aux intégristes : pendant que lon se chamaille pour savoir sil faut voter une loi pour interdire ce « vêtement de visage », on permet de considérer comme acquis et comme inoffensif le port du voile de base. Et quand la communauté française musulmane, qui ne se sent pas du tout concernée par le voile, ni par la burqa, ni par lextrémisme politico-religieux, se manifeste clairement, comme lextraordinaire Imam de Drancy, cest la violence et le rapport de force qui tentent dinterdire le respect dune valeur universelle. Linterdiction de la burqa est nécessaire parce que cette pratique nest pas une obligation religieuse, et que la laïcité est une composante de notre société, mais pas seulement ; parce quelle est contraire aux valeurs de la république, aux principes dégalité homme-femme, à la lutte contre la discrimination, aux précautions liées à la défense, etc. mais pas seulement. Linterdiction de la burqa est une question déthique, quil faut régler, que cela concerne des milliers de femmes ou une seule. Parce que cette pièce de tissu est la limite dun comportement où la vie même dun individu est en cause. Au-delà des droits de lhomme et du respect de la dignité de lhumain. En ne permettant pas que des êtres puissent exister sous des burqas, cest notre propre humanité que nous respectons. | |
| Francine Girond © Primo, 03-02-2010 |











