http://www.causeur.fr/obama-sadise-leurope,3717
Il arrive que lon soit négligent avec ses amis, quon oublie de leur envoyer des vux en janvier ou de souhaiter leur anniversaire. Sauf à être un adepte du freudisme de comptoir, on semploiera alors à arranger les bidons, comme disent nos amis belges, pour quune relation chaleureuse ne vire pas en eau de boudin.
En revanche, si on accumule les vexations, petites ou grandes, envers ceux qui font partie du cercle de ses proches, ces derniers sont en droit de sinterroger sur les motivations de cette attitude.
LEurope obamaniaque vient de prendre un sérieux coup sur la tête avec lannonce cavalière du président américain de sa non-participation au sommet Union européenne/Etats-Unis prévu pour le mois de mai prochain à Madrid. Même pas un coup de téléphone à José Luis Zapatero, hôte de la réunion, un simple communiqué indiquant que Barack Obama avait des choses plus importantes prévues pour cette date, et basta !, comme on dit en Castille. Cette grossièreté calculée sajoute à une longue liste de râteaux pris par des dirigeants européens qui simaginaient occuper une place privilégiée dans le cur du métis de Chicago. Nicolas Sarkozy ne cache plus son irritation devant les rebuffades quil na cessé de subir depuis un an. Angela Merkel na pas digéré quObama sèche la célébration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Les Tchèques ont modérément apprécié que le discours de Prague davril 2009 soit le coup denvoi dun rapprochement avec Moscou au détriment des intérêts de sécurité des pays dEurope centrale, mais qui se soucie des Tchèques ? Haïti ? Vous atterrirez quand je voudrai et où je voudrai ! Copenhague ? Allez jouer dans la cour à plus écolo que moi, tu meurs !, pendant que je cause sérieusement avec les Chinois et les Indiens. Même un brave type pas américanophobe pour un rond, le roi Harald de Norvège, a droit à sa petite humiliation : Barack na pas daigné aller goûter son saumon fumé et son renne bouilli au banquet prévu à lissue de la remise du Prix Nobel de la paix.
Laffront fait à Zapatero a provoqué, en France, un chur de pleureurs et pleureuses obamaniaques sur le thème : il ne faut nous en prendre quà nous-mêmes si le bien-aimé président des Etats-Unis nous traite de la sorte. Si cette Europe unie, solidaire et parlant dune seule voix existait, nous ne serions pas snobés de manière aussi massive par celui dont nous avions accueilli lélection comme larrivée dun Messie ayant chassé lAnge de la mort.
En nous châtiant, ajoutent ces suspects habituels du commentaire inspiré, Barack Obama nous renvoie à une triste réalité dont nous serions collectivement responsables : limpossibilité de construire cette Europe-puissance qui nous permettrait de peser aussi lourd sur la scène politique planétaire que lensemble des pays européens dans léconomie mondiale.
Non seulement il nous traite mal, mais en plus il ne nous écoute pas, ajoutent les plus amers, en soulignant le peu de cas fait par le département dEtat et le Pentagone des avis formulés par les Européens sur la stratégie à mener en Afghanistan, où nos braves soldats viennent se faire trouer la peau, et nos vaillants journalistes sont accueillis plus longtemps que prévu dans des paysages magnifiques. Napoléon demandait-il des conseils stratégiques aux princes dopérette qui envoyaient quelques-uns de leurs meilleurs soldats jouer les supplétifs dans la Grande Armée ?
Tout cela se tient, mais à quoi sert-il de gloser à linfini sur une situation dont on sait maintenant quelle ne peut être modifiée, du moins à vue humaine ? Le premier qui parle de pessimisme de lintelligence et doptimisme de la volonté a gagné un dîner avec Catherine Ashton.
À supposer même quune politique étrangère commune substantielle puisse être adoptée et mise en uvre par lUE, quel gouvernement serait disposé à en payer le bras armé sans lequel une diplomatie nest que paroles verbales ? Cela supposerait au moins le doublement des budgets de défense des pays membres de lUE. Comme nous le signale Jean Guisnel dans son indispensable blog du Point : Barack Obama a présenté pour lannée fiscale 20 un budget militaire qui sélève à 768 milliards de dollars (552,11 milliards deuros), soit 17 fois le budget français de 2010, qui sélève à 45,2 milliards de dollars (32,5 milliards deuros). Si on utilise le critère de la dépense militaire par habitant, on obtient 514 euros en France (nourrissons et centenaires compris), et 1.862 euros aux États-Unis.
Les vraies inquiétudes qui peuvent être formulées après un an de présence dObama à la Maison Blanche ne concernent pas son attitude vis-à-vis de lEurope, mais son bilan global en matière de politique internationale. Dailleurs, sil ne vient pas à Madrid, cest peut-être aussi parce quil nest pas très fiérot de ce quil a accompli au cours de cette première année de mandat. Passons rapidement sur le blocage du processus de paix israélo-palestinien. Ladministration américaine, par la voix dHillary Clinton a eu le fair-play de reconnaître quelle sétait plantée en voulant tordre le bras à Benyamin Netanyahou.
Laffaire iranienne est plus préoccupante et laisse entrevoir un réel amateurisme dObama et de ses proches conseillers dans la gestion des affaires du monde.
Le plan Obama pour empêcher laccession de lIran à larme nucléaire avait pourtant tout pour séduire. Au lieu de menacer Téhéran des foudres de lUS Air Force et de lUS Navy réunies si Mahmoud Ahmadinejad persistait dans son projet atomique, on tente dencercler diplomatiquement le régime des mollahs. On abandonne le projet de bouclier antimissile est-européen pour amadouer Moscou, et on soutient Pékin à Copenhague sur la question du CO2. Les Chinois et les Russes prennent, font quelques déclarations plus ou moins claires sur leur réprobation de la nucléarisation iranienne, et profitent de la première occasion pour rompre quelques lances avec Washington, histoire de bien faire comprendre quil est prématuré ou contre-productif de mettre en place de vraies sanctions contre Téhéran, dernière tentative avant que la poudre ne soit obligée de parler Les Chinois se permettent même de montrer les dents, comme au bon temps de Mao, en menaçant Washington de représailles si Obama persiste à livrer des armes à Taïwan et à vouloir recevoir le Dalaï-Lama. Pure gesticulation, dès lors que la supériorité militaire de Pékin sur Taïpeh ne saurait être remise en cause par quelques avions ou vedettes supplémentaires fournies par les Etats-Unis, et que le département dEtat et la Maison Blanche ont toujours su résister aux pressions dun lobby pro-tibétain très actif au Congrès.
Pour dresser les fauves de cirques, il existe paraît-il deux méthodes : en douceur et en férocité. Les Bouglione sont des gens sérieux, si la première ne marche pas, on prend lautre.











